mer. 28 oct. 2026 - ven. 30 oct. 2026
jeu. 22 oct. 2026
Capitalisme, production, séduction - Semaine de la Pop Philosophie
François L’Yvonnet, philosophe Françoise Gaillard, philosophe Samuel Lacroix, journaliste conférences puis conversation
François L'Yvonnet
La séduction contre la production : le parti-pris des apparences
Baudrillard oppose la « sé-duction » à la « pro-duction ». Elles relèvent de deux logiques inconciliables.
Dans la production prévaut l’idéal d’une maîtrise des choses par le travail, selon un processus finalisé, irréversible, illimité (la production en tant que matérialisation d’une force est toujours une fuite en avant). L’homme serait dès lors comme prédestiné à la transformation objective du monde, à faire surgir de la valeur par son travail. Avec, de surcroît, l’idée d’auto-production : le travailleur serait voué, vieille antienne humaniste, à se produire lui-même par et dans le travail.
La séduction est un « détournement » : il s’agit de détourner les choses pour les ouvrir au jeu des apparences. La séduction nous plonge dans l’univers de l’échange symbolique qui est caractérisé par la réversibilité : don et contre-don, potlatch, défi, renversement, retournement.
Avec la séduction, on entre dans le monde des apparences, des formes, du leurre, du jeu. La séduction est un jeu fatal où chacun met en jeu son identité. Pour séduire la jeune fille énigmatique, il faut, disait Kierkegaard, devenir une énigme pour elle. Un duel énigmatique.
Françoise Gaillard
Jouer non jouir
La séduction est un fait social total enraciné dans nos schèmes mentaux, historiques, religieux. Elle relève du jeu, du défi, de la surenchère, et est à elle-même sa propre fin, ce qu’a très bien compris Johannes, le héros du Journal du séducteur, et que Jean Baudrillard résume en une formule lapidaire : « jouer non jouir ».
Ce faisant, elle s’oppose à ce qui fait fond dans le rationalisme de la société moderne : la vérité, le sens, la finalité. C’est ce qui la rend dangereuse. Ne menace-t-elle pas tout ce nous tient lieu de principe de réalité, à commencer par la production ?
Et si elle nous proposait une autre économie, un autre type d’échange...
Samuel Lacroix
Séduire et faire jouir. Comment le capitalisme s’est rendu sympa
« Métro, boulot, libido », « destination plaisir », « chacun ses pulsions ». Depuis quelques années, nous voyons fleurir ce genre de messages sur des panneaux publicitaires ayant pignon sur rue. Qu’elles mettent en avant des applications de rencontre, des plateformes livrant des préservatifs en quelques minutes ou encore des marques de sextoys, ces publicités ont en commun de ne pas se contenter d’utiliser un registre ou une imagerie sexuelle (une femme dévêtue pour vendre une voiture, par exemple) mais de directement promouvoir du sexe.
On peut y voir l’un des derniers indices en date d’un changement de nature du capitalisme, passé progressivement d’un stade répressif à un stade permissif. À rebours d’un « capitalisme à la papa » hérité de la révolution industrielle, fondé sur l’effort, l’austérité et la pudibonderie, et porté par une droite conservatrice, le capitalisme contemporain a de plus en plus pris un tour « cool » et libidinal, dans lequel peut se reconnaître une gauche progressiste et féministe. Comment en est-on arrivé là ? Outre le grand penseur de la séduction Jean Baudrillard, ce sont des motifs qu’avaient anticipé certains penseurs socialistes – Marx au premier chef – mais aussi, plus récemment, des philosophes comme Michel Clouscard, auteur d’un bien nommé Capitalisme de la séduction.
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