Cœurs Sombres | Cycle cinéma
Cinéma
Sur une periode

mer. 30 sept. 2026 - mer. 20 janv. 2027

Cœurs Sombres | Cycle cinéma

Édito

Dans l’obscurité de la salle de cinéma, Cœurs Sombres dialogue avec les fantômes du dix-neuvième, emportés par les tourments de l’amour, de la guerre et des déchirements humains. Les grandes passions du siècle romantique, splendides et asphyxiantes, se déroulent sous nos yeux. On y aime à la folie, parfois jusqu’à l’oubli ; on s’y aventure à ses risques et périls.

“Chaque époque a ses périodes obscures. La conscience relève toujours du futur.” – Luchino Visconti, entretien avec Amelio di Sovico, Il Mondo , 1976

Avec Senso , Luchino Visconti délaisse le noir et blanc pour l’éclat du Technicolor et le néoréalisme pour le drame historique, mais évite l’écueil du tableau figé en filmant le Risorgimento avec précision. 1866. Une partie de l’Italie s’insurge face à l’occupation autrichienne. Les nationalistes profitent d’une représentation d’ Il Trovatore de Verdi pour manifester leur opposition aux envahisseurs. Seulement en loges, l’officier prussien Franz Mahler, qui porte bien son nom, fait la rencontre décisive de la comtesse Serpieri ; une scène magistrale filmée à travers un miroir, ce dont se souviendra Scorsese en ouvrant Le Temps de l’innocence à l’opéra. À la sortie du film, André Bazin écrit que cette aventure “ n’a de théâtral que son harmonie et sa beauté plastique ”. Point d’emportement ou de romantisme, Senso a la froideur du détachement, et le cynisme de Mahler empoisonne tout ce qu’il touche. Conjuguant habilement le baroque et le social, Visconti signe une tragédie lyrique et confesse son amour pour ce qui l’anime en secret : la musique.

« Tantôt j’ai de violentes aspirations vers le grand idéal […] tantôt je rêve la vie brûlée, ardente, vivante. » – Adèle Hugo

Isabelle Adjani est Adèle Hugo dans L’Histoire d’Adèle H., donnant une voix et une substance à une femme tenue muette car internée par sa famille, suite à ce que l’on interprèterait aujoud’hui comme une dépression nerveuse. François Truffaut n’est pas le premier des féministes, mais qu’importe puisqu’Adjani tient le film à elle-seule. L’actrice au visage de porcelaine, au charme anachronique, incarne là son premier grand rôle et pave la voie à une fastueuse galerie d’héroïnes gothiques, de Nosferatu à La Reine Margot , en passant par Emily Brontë pour André Téchiné. Adèle fuit son patriarche omnipotent à Guernesey pour Halifax au Canada, où elle rejoint le lieutenant Pinson et sa gueule d’ange. Quel chemin mène cette jeune femme fine et loquace vers la névrose d’un amour à sens unique ? À cela, Truffaut se garde de répondre et préfère parler des spectres : celui de Léopoldine, bien sûr, dont le souvenir de la noyade hante sa soeur cadette, mais aussi de Victor, qui n’est jamais montré mais dont le pouvoir brise la vie de sa fille, par-delà les frontières. Ainsi, le romantisme est poussé dans ses retranchements, dans ce qu’il a de plus morbide.

“ – Dis-moi ce que c’est d’être amoureux !

– Non, c’est trop horrible pour en parler, trop délicieux pour y penser.” – Olivia de Jacqueline Audry, 1951

Jacqueline Audry succédant à François Truffaut, c’est pour ainsi dire une délicieuse provocation. La metteuse en scène, effacée de l’histoire du cinéma, réalisa en son temps une dizaine de films, mais fut méprisée par la Nouvelle Vague et assimilée à ce cinéma de “qualité française” que les jeunes critiques des années cinquante avaient en horreur. En 1951, Audry troque la campagne anglaise du livre de Dorothy Bussy, que l’autrice dédie à Virginia Woolf, pour les environs de Fontainebleau. Avant tout, Olivia est le coming of age (en costume et en 1865) d’une britannique dans un pensionnat de jeunes françaises bien éduquées. Cependant, les interdits moraux tuent dans l’œuf un premier amour lesbien teinté de fascination, car l’héroïne éponyme s’éprend de son institutrice magnétique, d’aucuns diront manipulatrice. Olivia trompe par son allure de film de chambre, pour mieux esquisser la violence étouffée de ce qui n’est pas dit, ce qui se cache dans les interstices. Sur un document du Crédit national répondant à une demande de financement, on lit : “ un film qui exige beaucoup de goût et de doigté ”.

“Les autres ? Pourquoi serais-je différent des autres ? N’ai-je pas les mêmes désirs ? Ne suis-je pas brûlé des mêmes ardeurs ?” – Edith Wharton, Le Temps de l’Innocence, 1921

Exit les gangsters, le plus beau film de Martin Scorsese est une superbe histoire d’amour tragique, dans la haute société new-yorkaise de la fin du XIXè siècle, obéissant à des codes depuis tombés dans l’oubli. Le Temps de l’innocence offre un écrin soyeux aux mots d’Edith Wharton, lauréate du prestigieux prix Pulitzer pour son roman du même nom en 1921. Le générique d’Elaine et Saul Bass synthétise tout par la métaphore. Des fleurs sont empêchées dans leur éclosion par une surimpression d’écriture et de dentelle, soit la captivité des femmes victoriennes, contraintes par les conventions et les ragots, illustrée en une image. Scorsese insiste auprès de son scénariste Jay Cooks : du moment où il saisit la portée émotionnelle du récit, tout se déroulera naturellement. Ce voyage à travers deux cœurs éperdus glisse délicatement, comme une de ces danses de salon qui font tourner la tête et les drapés des robes. En digne héritier de Douglas Sirk, le cinéaste redonne sa force et sa superbe au mélodrame, la mélodie des larmes.

“Il n’a jamais aimé d’autre femme, n’est-ce pas, mère ? Personne d’autre. Mais moi, j’ai eu tant d’amants, tant d’amants, tant !” – The Music Lovers de Ken Russell, 1971

L’amour, la souffrance, l’espoir et le désespoir. Tout cela, et bien plus encore, contenu dans la fresque opératique The Music Lovers , ou La Symphonie Pathétique. Ken Russell, tout comme Visconti, est un “amoureux de la musique” et il exalte ici les partitions de l’illustre Piotr Ilyich Tchaikovsky qui, par contraste, se révèle en homme pathétique. Son triste mariage de convenance, pour ne pas révéler son homosexualité, fait une victime collatérale en la personne de

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Isabelle Adjani est Adèle Hugo dans L’Histoire d’Adèle H., donnant une voix et une substance à une femme tenue muette car internée par sa famille, suite à ce que l’on interprèterait aujoud’hui comme une dépression nerveuse. François Truffaut n’est pas le premier des féministes, mais qu’importe puisqu’Adjani tient le film à elle-seule. L’actrice au visage de porcelaine, au charme anachronique, incarne là son premier grand rôle et pave la voie à une fastueuse galerie d’héroïnes gothiques, de Nosferatu à La Reine Margot , en passant par Emily Brontë pour André Téchiné. Adèle fuit son patriarche omnipotent à Guernesey pour Halifax au Canada, où elle rejoint le lieutenant Pinson et sa gueule d’ange. Quel chemin mène cette jeune femme fine et loquace vers la névrose d’un amour à sens unique ? À cela, Truffaut se garde de répondre et préfère parler des spectres : celui de Léopoldine, bien sûr, dont le souvenir de la noyade hante sa soeur cadette, mais aussi de Victor, qui n’est jamais montré mais dont le pouvoir brise la vie de sa fille, par-delà les frontières. Ainsi, le romantisme est poussé dans ses retranchements, dans ce qu’il a de plus morbide.

Horaires

30/09/2026 - 20/01/2027

Lieu

Videodrome 249, cours Julien, 13006 Marseille

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