Identités en jeu, séduction en scène  - Semaine de la Pop Philosophie
Conference
Date unique

mer. 21 oct. 2026

Identités en jeu, séduction en scène - Semaine de la Pop Philosophie

Mélanie Gourarier, anthropologue Guillaume Vallet, économiste conversation avec le sociologue Benjamin Tainturier

Mélanie Gourarier et Guillaume Vallet

Le retour fantasmatique de la masculinité

La masculinité comme valeur refuge. Capitaliser sur l'argument de la fragilité `

Les discours contemporains sur la « crise de la masculinité » sont généralement interprétés comme la conséquence des transformations des rapports de genre ou de l’affaiblissement des privilèges masculins. Je propose d'inverser cette perspective. Plutôt que de considérer la crise comme le contexte historique dans lequel se redéfinirait la masculinité, je fais l’hypothèse qu’elle constitue l’une des conditions mêmes de sa reproduction. La masculinité apparaît ainsi comme une valeur refuge : une catégorie dont la force politique tient à sa capacité à se présenter comme perpétuellement menacée afin de justifier sa restauration.

D’une part, l’apprentissage de la séduction masculine produit un espace de reconnaissance où la conquête des femmes fonctionne comme une médiation de la valorisation entre hommes. D’autre part, les discours contemporains sur le renouveau des masculinités, même critiques ou émancipateurs, continuent de reconduire la masculinité comme horizon privilégié et à privilégier.

La notion de « valeur refuge » invite ainsi à ne plus interroger la réalité d’une crise, impliquant pour les hommes une perte de pouvoir, mais les usages politiques de sa mise en scène récurrente, qui participent de la reproduction de ce pouvoir. La masculinité apparaît alors moins comme une identité en difficulté que comme une technologie de stabilisation des rapports sociaux de sexe, capable de transformer le sentiment de vulnérabilité en ressource politique pour reconduire la domination.

Mélanie Gourarier

Les masculinités à l'épreuve du « hard corps » du capitalisme des vulnérabilités

Dans le « capitalisme des vulnérabilités », système économique dans lequel nous vivons depuis les années 1980, le corps est devenu la ressource individuelle ultime : de nombreux individus cherchent à transformer cette ressource en capital, à travers un processus de valorisation sociale survenant dans plusieurs cadres (marché du travail, marché des rencontres amoureuses, interactions sociales). C’est dans ce contexte que l’on assiste à une sportivisation de l’existence, à la mise en scène du corps dans une logique de séduction, mais aussi à la fabrication d’un corps « prêt au combat ». Ce statut élevé donné au corps montre à quel point celui-ci construit de puissants imaginaires qui permettent de penser la fabrication du corps rêvé.

Ainsi, loin de s’affaiblir à l’heure d’une économie de services digitalisée dominante, le corps demeure au contraire au cœur des échanges économiques et sociaux, et donc de la construction identitaire des individus. En particulier, le corps-capital reste associé au renforcement de la masculinité hégémonique et de la domination masculine : le capitalisme des vulnérabilités crée de nouveaux espaces de valorisation du corps pour les hommes.

Ce processus n’est toutefois pas sans risque, notamment quand le corps devient central dans la définition identitaire : le « tout » corps devient alors le « trop » corps, mettant paradoxalement en cause son essence et son existence même, tout en fragilisant le « corps social ».

Guillaume Vallet

Tarifs

Gratuit

Lieu

Bibliothèque l'Alcazar58 Cr Belsunce, 13001 Marseille

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